TotalEnergies renforce son pari amont africain, l'Afrique approchant la moitié de sa production opérée
TotalEnergies concentre une part croissante de son effort amont sur l'Afrique, où une succession de développements à court terme, d'exploration de frontière et de projets gaziers vise à ancrer la croi...
TotalEnergies concentre une part croissante de son effort amont sur l'Afrique, où une succession de développements à court terme, d'exploration de frontière et de projets gaziers vise à ancrer la croissance de production du groupe français pour 2026 et au-delà. Le continent représente déjà environ la moitié de sa production opérée et demeure son premier poste de dépenses d'exploration.
La stratégie couvre plusieurs phases de développement. À court terme, la République du Congo est une priorité : TotalEnergies a engagé 500 millions de dollars en 2025 pour forer des puits supplémentaires sur le champ de Moho Nord, visant une production additionnelle d'environ 40 000 barils par jour (b/j) à partir d'un actif qui représente déjà près de la moitié de la production pétrolière du pays.
En avril 2026, le groupe a annoncé une nouvelle découverte sur la structure de Moho G, opérée par TotalEnergies (63,5 %) aux côtés de la SNPC congolaise et de Trident Energy. En Angola, où TotalEnergies est le premier opérateur, avec des participations dans les blocs 17, 32, 0, 14 et 14K, les champs gaziers de Quiluma et Maboqueiro doivent entrer en production pour alimenter l'usine d'Angola LNG, et le développement en eaux profondes de Kaminho, dans le bassin pré-salifère du Kwanza, est en construction en vue d'un premier pétrole en 2028.
En Afrique de l'Est, le projet ougandais de Tilenga avance vers son premier pétrole, soutenu par l'oléoduc d'Afrique de l'Est (East African Crude Oil Pipeline, EACOP), qui acheminera le brut vers le port tanzanien de Tanga, un développement central pour valoriser les ressources terrestres ougandaises.
L'exploration de frontière se situe à l'extrémité à cycle long du portefeuille. Dans le bassin de l'Orange en Namibie, TotalEnergies vise une décision finale d'investissement sur la découverte de Venus d'ici fin 2026, potentiellement l'un des développements pétroliers en eaux profondes les plus importants de la marge atlantique africaine. En Afrique du Sud voisine, le groupe est devenu opérateur du bloc offshore 3B/4B, dans le prolongement de Venus, et a indiqué se préparer à y forer sous réserve des dernières approbations réglementaires, alors que le pays fait avancer les règlements d'application de sa loi sur le développement des ressources pétrolières amont (Upstream Petroleum Resources Development Act).
Ce réengagement sud-africain fait toutefois suite à un retrait marqué qui nuance le récit du « pari renforcé ». En 2024, TotalEnergies a engagé son retrait des découvertes de gaz à condensats de Brulpadda et Luiperd, dans le bloc 11B/12B, des découvertes qu'il avait dépensé au moins 400 millions de dollars pour réaliser, au motif que ces gisements complexes en eaux profondes ne pouvaient être jugés commercialement viables compte tenu de l'étroitesse du marché gazier intérieur sud-africain. Le groupe réoriente cet effort vers le bassin de l'Orange, à fort potentiel pétrolier. Cette séquence, une découverte coûteuse abandonnée dans un bassin tandis que le groupe s'engage à forer dans un autre, est le signal le plus clair que l'expansion africaine de TotalEnergies est sélective, et non indifférenciée.
Le portefeuille est rattaché à un objectif mondial modeste, une croissance amont d'environ 3 % par an, à laquelle les opérations africaines doivent contribuer de façon disproportionnée. La logique est celle d'un séquençage temporel : la trésorerie à court terme du Congo, de l'Angola et de l'Ouganda finance les paris de frontière à cycle plus long et plus risqués en Namibie et en Afrique du Sud. Les initiatives de valorisation du gaz et de réduction des émissions, dont des engagements de torchage de routine nul dans plusieurs opérations, les accompagnent.
Pour les producteurs africains, le poids accordé par TotalEnergies au continent est un vote de confiance notable, à un moment où plusieurs majors réduisent leur exposition. Mais le retrait sud-africain est le contrepoids nécessaire à cette lecture : le capital va aux projets qui franchissent le seuil de viabilité commerciale du groupe, et cale ou recule devant ceux qui n'y parviennent pas, quel que soit le montant déjà dépensé. La leçon, pour les gouvernements hôtes, est qu'attirer le dollar d'exploration est la partie facile ; le conserver jusqu'à un développement sanctionné dépend de la taille du marché, des conditions fiscales et de la clarté réglementaire qui transforme une découverte en projet.